Dans le cadre de 2018, le temps de la PALESTINE, le Panorama consacre cette journée du 24 novembre, journée de clôture, à l’amitié entre la Palestine et l’Algérie et projette deux films, Derrière les fronts d’Alexandra Dols et le film documentaire palestinien, Razan, une trace du papillon de Lyad Allasttal, tourné cet été à Gaza. La soirée se prolongera par la fête de l’amitié animée par la chanteuse et militante palestinienne Abeer Hamad.

SAMEDI 24 NOVEMBRE A L’AUDITORIUM DES ARCHIVES DEPARTEMENTALES A NIMES A PARTIR DE 18 H 30

SOIREE DE CLÔTURE DU PANORAMA DU CINEMA ALGERIEN

SOIREE DE L’AMITIE ENTRE LA PALESTINE ET L’ALGERIE.

les films :

“Derrière les fronts”, d’Alexandra Dols

La LDH soutient le film documentaire « Derrière les fronts », de Alexandra Dols

Ce film documentaire a pour thématique les conséquences psychologiques de l’occupation ainsi que les outils de résilience et de résistances mis en place par les Palestiniens pour y faire face. Il a pour personnage central la psychiatre, psychothérapeute et écrivaine palestinienne, Samah Jabr. Son précieux témoignage, qui structure le film, est ponctué par des extraits de chroniques, des interviews de femmes et d’hommes qui partagent leurs histoires, leurs actes de résilience, de résistance.En préambule, la réalisatrice explique qu’ayant consacré un film Moudjahidate, à l’ engagement de femmes dans la lutte pour l’Indépendance de l’Algérie au sein du FLN-ALN, elle a été mise en contact avec les chroniques réalisées par Samah.

Elle nous propose un film sur les conséquences invisibles de la colonisation : l’occupation intime, celle de l’espace mental. Espace où l’équilibre, l’estime de soi, le moral et l’âme deviennent des lieux de lutte, de résilience et de résistance. Dans l’héritage du psychiatre anticolonialiste, le Dr Frantz Fanon, Samah Jabr tisse des liens entre libération personnelle, psychologique et libération nationale, collective. Son approche, au carrefour du psychologique et du politique, identifie des symptômes développés sous occupation et souligne les liens entre résistance et résilience, face à celle-ci.

Derrière les fronts, propose un cheminement dans nos esprits et sur les routes de Palestine, en sa compagnie. Dans ce film aux multiples voix, des extraits de chroniques, d’interviews et d’échappées poétiques au long des rues et paysages palestiniens nous font ressentir ce que représente l’occupation au quotidien, les humiliations, l’étouffement. Parce que la colonisation au quotidien n’est pas seulement celle des terres, du ciel, des logements et de l’eau, elle ne cherche pas simplement à s’imposer par les armes, mais travaille aussi les esprits, derrière les fronts !

C’est un film très dur qui enregistre la souffrance tant physique que psychique mais c’est aussi un film mobilisateur qui jamais ne capitule mais au contraire se nourrit de l’espoir de la libération, de la fierté d’appartenir à une Terre aimée et montre comment le « sumud », en tant que « résilience », constitue à la fois une résistance psychologique, culturelle et politique. Des femmes et des hommes aux multiples identités partagent ainsi leurs résistance et résilience. La musique accompagne les images qui elles mêmes accompagnent les femmes et les hommes dans leur intimité, leurs souffrances et leurs révoltes, sans voyeurisme, mais sans concession.

Le Dr. Samah Jabr est née à Jérusalem-Est, elle y vit et travaille dans plusieurs villes de Cisjordanie. Elle a dirigé le Centre Médico-Psychiatrique de Ramallah et aujourd’hui est à la tête de l’unité de service de santé mentale en Palestine. Son champ d’activités inclut également la formation aux professionnels de la santé mentale palestiniens et internationaux et participe, avec l’association israélienne PCATI – Comité public contre la torture en Israël – à un travail de collecte de témoignages de personnes ayant été torturées.

Parallèlement, elle écrit depuis la fin des années 90 et contribue actuellement au Washington Report on Middle East Affairs et au Middle East Monitor. Ses chroniques traduites en français, bénéficient d’une large diffusion par des sites internet journalistiques, politiques, confessionnels, académiques ou scientifiques et transcendent les clivages habituels. « On parle toujours de libérer les terres palestiniennes, mais pour moi il est important de libérer l’esprit palestinien, le peuple palestinien, l’identité palestinienne. » Dr Samah Jabr

La réalisatrice explique « Lorsque les palestinien-nes sont montrés, rendus visibles à l’écran, les images sont souvent sensationnelles : foule en deuil, femmes sous le choc de la mort de leurs proches, ou bien encore combattants armés, incarnant le « danger terroriste » et cela en occultant toute représentation de la vie quotidienne. Ils sont très rarement saisis dans une normalité qui laisserait aussi à voir le drame que l’on cherche à présenter. Ces images ne laissent pas indifférent, elles peuvent susciter un élan humanitaire ponctuel ou créer de la peur, mais elles ne permettent aucune identification possiblement féconde politiquement et peu d’intelligibilité quant à la situation. L’idée est donc de sortir du spectaculaire pour entrer dans le quotidien d’un conflit qui n’est pas fait que d’armes et de morts. Et ce, à partir de la parole de celles et ceux que l’on n’entend que trop rarement s’exprimer directement, sans intermédiaire. La nouvelle guerre sur Gaza de l’été 2014 a été un moment important : non comme rupture dans la politique, mais comme épisode aigu de l’occupation. Le film cherche donc à restituer un continuum pour ne pas laisser penser qu’en dehors de ces périodes de crise, de guerre affichée, l’occupation serait vivable, paisible. Dans ce documentaire, je poste la caméra du côté des occupé-es ».

Ce film n’est pas un film de plus sur un conflit qui suscite tant de passions, de silences et de lâchetés ; en effet, la personnalité de cette femme donne à sa parole une autorité incontestable et si ses propos sont sans concession et son message, un message d’appel à la résistance, il n’y a aucune ambigüité quant à ce qui guide ses prises de position : cet appel au respect de la dignité de son peuple est lancé sans esprit de vengeance. Elle ne ménage d’ailleurs pas ses critiques à l’égard des dirigeants palestiniens. Et plus largement, ce film est un film anti-colonialiste qui poursuit la réflexion engagée par un homme comme Frantz Fanon et son propos déborde le cadre même de la situation décrite ici.

 

“Razan, une trace du papillon”, Lyad Allasttal

[youtube]https://youtu.be/QBkJLmnFco4[/youtube]

[vimeo]https://vimeo.com/85239127[/vimeo]

Fête de l’amitié

 

Abeer Hamad, chanteuse et militante palestinienne.

 

Latifa Saïd : Terrain Vague est un film qui me tient beaucoup à cœur … Je crois qu’il est temps pour nous, cinéastes mais aussi enfants issus de l’immigration de nous réapproprier ces représentations et de renverser les clichés qui perdurent encore. Ces hommes, c’est nous qui les avons connus, qui les avons côtoyés toute notre vie, qui avons grandi avec eux et près d’eux. C’est donc nous qui sommes les mieux placés pour en parler.

Bonjour  à tous,

Malheureusement, je ne peux pas être parmi vous aujourd’hui pour vous présenter « Terrain Vague », un film qu’on a tourné à Aubervilliers dans la banlieue parisienne avec Slimane Dazi et Rachid Taha.

Terrain Vague est un film qui me tient beaucoup à cœur.

Dans de nombreux films, on nous montre l’immigré, l’étranger comme une force de travail uniquement et rarement, comme un homme qui a des sentiments, du désir, qui ressent du manque, et qui se sent seul… Cette misère sexuelle, ce manque et ce besoin de tendresse qui se sont ajoutés à la misère économique qu’ils ont subie et qui les a encore plus exclus de la société, on l’évoque peu et pourtant, elle a existé et existe encore aujourd’hui.

Ces hommes ont été arrachés à leur famille et à leur socle pour reconstruire la France et la France leur doit beaucoup aujourd’hui. On les a toujours considérés seulement comme une force  de travail. Avec ce film, j’ai voulu leur redonner une dimension humaine. Ce sont des hommes aussi, ne l’oublions pas.

Dans la société, les médias, le regard des autres, l’homme arabe est souvent représenté comme un être négatif, violent, associable. On nous le montre toujours comme un voyou, un terroriste potentiel, un être dangereux et c’est vrai que les récents évènements liés au terrorisme n’ont rien arrangé… Pour beaucoup, il ne dégage rien de bien et rien de bon.

Comme certains d’entre vous, j’ai grandi avec ces représentations négatives de l’homme arabe et j’en assez. J’en ai assez, de la manière dont on nous représente nos pères, nos frères, nos oncles… La vérité, c’est qu’on ne les connaît pas et qu’on ne cherche pas non plus à les connaître. C’est plus facile de leur coller des étiquettes toutes faîtes et de parler à leur place.

Ces hommes ont aussi une sensibilité, des choses à dire, de la profondeur. J’aimerais et j’ai besoin de les entendre plus.

Merci à vous.

Je vous souhaite un très beau Festival du Panorama du Cinéma Algérien !

Ce soir à Nîmes, 23 novembre à 18 h 30, lecture de poèmes de et par Malika-Sandrine Charlemagne et deux très beaux courts-métrages de Latifa Saïd “Terrain vague” et “Battle Fields” de Anouar H. Smaine, après le film de M. Zemmouri

Terrain vague.

[youtube]https://youtu.be/z46NocRE9RY[/youtube]

 

Battle fields

https://vimeo.com/234619573

 

Malika-Sandrine Charlemagne

Sandrine Malika Charlemagne est comédienne. Elle a, notamment, publié Mon pays étranger, aux éditions de la Différence, remarqué par plusieurs critiques littéraires tant en France qu’en Algérie ou au Maroc. Elle co-réalise des documentaires, dont Si Balzac m’était conté qui donne la parole à de jeunes habitants de la cité Balzac de Vitry-sur-Seine, où elle a mené durant deux années différents ateliers d’écriture.
Ce recueil de vingt neuf poèmes, extrait de son écriture poétique, est nourri de son parcours personnel, de ses déchirures, de ses  indignations, de ses révoltes. Elle montre aussi à la limite du bout de l’espérance quelques portraits saisis dans les espaces du quotidien.

A Aigues-Mortes, ce soir 22 novembre, à 20 h 30, au Sémaphore, salle fidèle au Panorama : La bataille d’Alger, un film dans l’Histoire, en présence du réalisateur Malek Ben Smaïl

http://africultures.com/bataille-dalger-film-lhistoire-de-malek-bensmail/

Le nouveau documentaire de Malek Bensmaïl, produit essentiellement avec des fonds télévisuels, ne sortira en salles qu’après son exploitation à la télévision et dans les festivals, et passera ainsi le 6 avril à St Denis, au Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen Orient. En continuité avec la démarche démystificatrice de son réalisateur, il montre à la fois le rôle et les ambiguïtés du film de Gillo Pontecorvo.

Le film-culte du réalisateur communiste italien Gillo Pontecorvo (1965) retrace la lutte en 1957 pour le contrôle de la Casbah d’Alger entre les parachutistes du général Massu et les réseaux FLN. Un des combattants, Yacef Saadi, en propose le scénario, coproduit le film avec le gouvernement algérien et y tient son propre rôle de chef FLN de la Zone autonome d’Alger. Durant le début du tournage et profitant du fait que les gens croyaient au départ que c’était le film, le colonel Boumedienne renverse le Président Ben Bella et se proclame Président du Conseil de la révolution.

Le film remporte le Lion d’Or à la Mostra de Venise : la délégation française sort de la salle lors de la remise du prix et le film ne sort en France qu’en 1971. Il avait été interdit puis diffusé brièvement en 1970 mais retiré des écrans sous la pression d’associations d’anciens combattants et de manifestations d’extrême droite suite à une campagne haineuse et des menaces d’attentats à la bombe. Elles se concrétiseront le 10 décembre 1980 où une forte charge de plastic explose dans le hall d’un cinéma de Béziers qui projetait le film et en janvier 1981, à Paris, où deux personnes sont blessées lors d’un attentat contre le cinéma Saint-Séverin. La Bataille d’Alger restera censuré en France jusqu’en 2004 car considéré comme un film de propagande à propos de ce qu’on appelait encore les événements d’Algérie.

Les Algériens s’identifient à Ali la Pointe, un proxénète devenu combattant sans concession et figure légendaire de la Casbah à travers son sacrifice final. Les militants Black Panthers américains s’inspirèrent du film pour mener une guérilla tandis que les formations militaires l’utilisent en France comme aux Etats-Unis pour visualiser les méthodes de lutte contre les insurrections. Le réalisateur français Yves Boisset s’en est inspiré pour son film R.A.S. (1973) sur des insoumis et les méthodes de l’armée française avec la torture, et réalise en 2006 un documentaire éponyme qui rend compte de la défaite politique et morale qui scella le sort de l’Algérie française.

En précisant les conditions de réalisation du film à l’aide d’une recherche très fondée mobilisant de nombreux interviews et documents mais aussi sur la réception du film encore aujourd’hui, Malek Bensmaïl explore comment ce film a nourri l’Histoire et comment l’Histoire l’a nourri. Il se situe ainsi dans le cœur de son travail de documentariste qui ne cesse d’interroger les mythes du récit national algérien et des institutions du pays.

C’est bien sûr l’idéologie soutenant le film qui l’intéresse. Elle est le produit des deux scénaristes, Yacef Saadi et Franco Solinas, dans le sens que précise la fille de ce dernier : « la réalité reconstruite », ce que Pontecorvo confirme : « la dictature de la vérité doit être l’ADN du film ». Mais la réalité est là, dans les deux camps : la violence, avec la question de sa légitimité. Ne touche-t-on pas là l’ambiguïté fondamentale d’une révolution qui se fait dans la violence en utilisant les mêmes moyens que son ennemi et qui a du mal ensuite à se départir de ce que les méthodes de ce combat ont inscrit en elle ? Dans le film de Bensmaïl, l’historien Daho Djerbal suggère que le film montre que les actions du FLN n’étaient « peut-être pas justifiées mais légitimes », face à l’injustice de l’occupation et de la domination française de l’Algérie. Le problème reste cependant, poursuit-il à un autre moment, que si le film est moteur de décolonisation des esprits, « on se regarde à travers le regard de l’Autre ». « Comment se débarrasser de l’Autre qui nous regarde ? » demande avec une grande actualité l’historien qui reprend là une des grandes problématiques des cinémas d’Afrique aujourd’hui.

Dans La Bataille d’Alger, comme dans Kapo (dénoncé en 1954 dans un article de Jacques Rivette dans les Cahiers du cinéma pour son fameux travelling sur une prisonnière de camp de concentration allant vers une mort certaine en se jetant sur des barbelés électrifiés), Pontecorvo joue l’efficacité : musique, action, rythme, violence, ficelles du film de guerre et de l’enquête policière, suspens, force visuelle du noir et blanc, etc. contribuent à créer une tension sans qu’aucun camp ne sorte grandi de l’affaire, chacun employant les mêmes méthodes. On y voit avec force images cruelles les femmes perpétrer trois attentats à la bombe simultanés dans des cafés fréquentés par des Français en réponse aux attentats organisés dans la Casbah avec l’aide d’éléments fascisants de la police française. Pontecorvo ne recule devant aucun effet pour mobiliser (manipuler) le spectateur. Lors d’une projection scolaire au festival d’Amiens en 2003, j’avais été déjà frappé de constater combien ce type de cinéma démonstratif convainc peu aujourd’hui le jeune public qui remplissait la salle, accompagné de ses professeurs prenant (comme moi) studieusement des notes…

Si le mot « bataille » n’était pas approprié pour désigner cette guérilla urbaine, il a contenté aussi bien les Français qui voulaient célébrer leur action armée que les Algériens pour magnifier leur combat. Le film de Pontecorvo, régulièrement rediffusé, est classé par Sight & Sound, revue de cinéma du British Film Institute, au 48ème rang sur les 50 meilleurs films de tous les temps. Malek Bensmaïl montre à quel point il est le produit, dans sa conception comme dans son utilisation future, de cette dualité du regard, une dualité qui évoluera profondément mais persistera jusqu’à aujourd’hui. Le réalisateur touche ainsi, comme dans tout son cinéma, la complexité d’une problématique contemporaine. Et le fait comme toujours avec autant de sérieux que de subtilité.

 

La Bataille d’Alger, un film dans l’Histoire (Extrait 2) from Malek Bensmaïl on Vimeo.

Un film écrit et réalisé par Malek Bensmaïl, produit par Gérald Collas (Ina). Musique : Karim Ziad. Montage : Mathieu Bretaud. Photographie : Nedjma Berder. Une production Ina, Hikayet films (Algérie) Ciné+, Histoire. En co-production avec Imago Films et Radiotelevione svizera (Suisse). Avec la participation d’Al Jazeera et de Radio-Canada. 117 minutes, HD/Stéréo 5.1/couleur-N&B.

Ce soir, 21 novembre à l’auditorium des archives départementales, à Nîmes, Moudjahidate d’Alexandra Dols

Ce documentaire retrace des engagements de femmes dans les luttes pour l’Indépendance de l’Algérie, au sein du FLN-ALN (Front de Libération Nationale – Armée de Libération Nationale) à travers des récits de vies d’anciennes combattantes. Elles sont poseuses de bombes, agents de liaison, infirmières et soldates des maquis, ou encore dans une solidarité active avec les prisonniers politiques. Toutes ces moudjahidate évoquent également les villageoises, qui assuraient l’hébergement et le ravitaillement des combattants du FLN… Les formes d’engagements des femmes sont multiples tout comme leurs “identités sociales”. Alors comment ont-elles commencé à “activer” ? Quels sont leurs rôles et stratégies dans les différents lieux de luttes ? Quels regards portent-elles sur cette période et qu’ont-elles à nous transmettre ? Ces témoignages s’articulent avec celui de l’historienne et elle-même ancienne combattante, Danièle Djamila Amrane Minne.

La Zup, Madani Mazurk au 10° Panorama du cinéma algérien, à Nîmes, mercredi 21 à18 h 30

Ce mercredi 21, le réalisateur Madani Mazurk viendra présenter son film “S’hab la Zup” à l’auditorium des archives départementales à NîMes

Article de mediapart

 

 Le film anticipe d’une certaine manière l’entreprise de démolition, d’effraction, de dispersion, d’effacement de la mémoire collective et individuelle, que sont les opérations programmées de l’agence nationale de la rénovation urbaine sur les quartiers « susceptibles » de la ville. Avec ses corollaires de déplacement des populations, de désaffiliation, ses simulacres de « consultation citoyenne » et sa manne financière transformée en béton pour les uns et en devises pour les autres. Au fur et à mesure que les images et les témoignages se succèdent et s’interpénètrent la trame du film se tisse et propose une histoire riche et complexe au milieu de la standardisation des constructions et ce malgré les formes d’enfermement qu’elles suggèrent et leur multiples dysfonctionnements. Une vie dense émerge, faites de rires, de fêtes, de musique et de danses, de victoires en coupe Gard Lozère de football, de moments de partages, mais aussi de peines, de double peine, de violences policières, de colères, de légitimes indignations, de désillusions. Des séquences habilement insérées rappellent les déambulations sinistres et opportunistes des politiques, leur discours fallacieux comme d’éternelles impasses. La scène de « l’escalier de Penrose » qui voit l’adjoint à la sécurité Richard Tiberino en contrebas d’une terrasse se confronter aux habitants las des manœuvres dilatoires de l’élu nîmois quant à l’aménagement d’un simple accès reliant deux terrasses est un modèle du genre. C’est un type de rapport, une façon de gouverner certaines populations qui transparaît dans ce passage, ou plutôt ce cul de sac.

Loin des stigmates habituels ressassés en permanence, notamment par les médias mainstream, c’est l’Histoire du quartier et par « solidarité » de la ville de Nîmes en chaire, en os et en béton qui prend forme et perfore la chape de plomb que l’on fait peser sur lui. Et même si cette Histoire « périphérique » contient ses singularités, on peut penser qu’il existe une communauté d’expérience propre aux habitants des quartiers populaires et spécifiquement aux descendants de l’immigration postcoloniale. Le film montre en filigrane les moyens dont a usé le pouvoir politique pour juguler la veine émancipatrice que certains habitants tentaient d’alimenter. L’un des garrots fixés sur les multiples canaux creusés par les associations fut le centre social qui ,outre son rôle centralisateur de ressources ; a permis de potentialiser les relations clientélaires habituelles.

Dans le n°134 de septembre 2016 du magazine municipal, le maire Jean Paul Fournier déroule sa vision dystopique des futurs aménagements. Les logiques discriminatoires que subissent les habitants de ces quartiers, logements, emplois, éducation, contrôles au faciès pour lequel la Cour de cassation a condamné définitivement l’État français le 9 novembre 2016 n’ont pas droit au chapitre. Elles disparaissent. Il est question, ici comme ailleurs, de requalification des quartiers, d’ouverture sur la ville ou plutôt la pompeuse « cité », le monde, la stratosphère, l’univers, le réseau de caméras de surveillance. L’idéologie rédemptrice de la mixité sociale, largement contestée par de nombreux travaux empiriques en sciences sociales, vient graisser les rouages de la machine à légitimer les programmes de l’Anru 2. En miroir, on interrogera évidement l’homogénéité des quartiers bourgeois, des organes de pouvoirs de la ville, de la métropole, du département……

Après 3 mandats, il est devenu urgent de donner de la « Valeur au territoire de Pissevin et Valdegour », d’inoculer « de la fierté aux habitants ». Comme un mantra répété ad nauseam, cette mauvaise musique pourrait être diffusée nuit et jour dans des hauts parleurs pour aller au bout de sa fonction lobotomisante.

« Le projet vise à retrouver le sol d’origine et épouser la physionomie du terrain, contribuant à constituer une trame verte et bleue assurant une continuité écologique à travers l’ensemble du quartier ».

On comprend que derrière cette réactualisation de l’originel qui pourrait faire penser aux conséquences malheureuses d’une indigestion d’épisodes des télétubbies ; et/ou d’une prise de microdose de LSD, il y a un désir d’effacement de l’existant. Remodeler le visage du quartier ou les visages ? Les politiques ont parfois du mal à dissimuler leur profond mépris pour les quartiers récalcitrants. Faut dire que la ZUP nord est construite sur le modèle d’une forteresse imprenable située en Syrie, le Krak des chevaliers, classé au patrimoine mondial de L’UNESCO. Et qu’elle domine la ville. Elle la surplombe. Elle est visible comme un nez au milieu de la figure. Elle est en ce sens visuellement supérieure à la tour magne, inestimable vestige de l’enceinte Augustéenne symbole de la culture légitime que promeut et privatise les édiles de la colonie romaine. Alors en page 18 du même magazine, le maire se pare des attributs d’un visionnaire. Épithète héréditaire déjà apposé à la personnalité de Jean Bousquet qui mena de 1983 à 1995 une politique ultra libérale laissant la ville encroumée jusqu’à la moelle.

Page 18 donc il est question de « reconquête de l’ouest nîmois ». L’imaginaire de la conquête de l’ouest avec tout ce qu’elle contient de violences envers les peuples amérindiens, envers les « sauvages » est convoquée au milieu de la rhétorique prête à l’emploi des cabinets de conseil en communication où il est question de la « centralité apaisée ». Dans objectif Gard du 7 février 2018, on pose même un décor d’un autre temps au sujet d’un quartier populaire de la ville situé plus à l’est, le Mas de Mingue, qui va subir lui aussi une succession d’ opérations de rénovation. Il faut dans ce quartier qui semble poser un sérieux problème à l’élu. Personne ne veut entrer dans ce quartier en passant devant… » Devant qui ? : « retrouver un esprit de village autour de l’église ». Les inconscients sont décidément très puissants.

Ce film appelle à la résistance, en proposant la mémoire comme source d’inspiration, comme système racinaire des luttes présentes et à venir, comme frontière à la fragmentation que s’apprête à accomplir une nouvelle fois le pouvoir politique et économique à travers la rénovation des quartiers.

Audin au 10° Panorama, mardi 20 à Alès, mercredi 21 à Aigues-Mortes en présence du réalisateur F. Demerliac et de Michèle Audin, mathématicienne, écrivaine, fille de Maurice Audin.

 

Le cinquantenaire des accords d’Évian signé le 19 mars 1962 a été l’occasion d’une rétrospective sur « les événements », appellation édulcorée de la guerre d’Algérie. La Disparition, documentaire réalisé par François Demerliac et produit par Chaya Filma, diffusé sur la chaîne publique du Sénat le 19 juillet 2010 et aujourd’hui édité en dvd permet de remettre à l’ordre du jour ces derniers. Ce film évoque les ressorts d’une affaire vieille de 55 ans, couverte par l’amnésie et l’amnistie1, celle d’un jeune universitaire mathématicien séquestré et torturé par les parachutistes du général Massu en charge du maintien de l’ordre durant la bataille d’Alger. Mais plus que l’exhumation d’une affaire célèbre en son époque mais qui n’est plus identifiée que par un auditoire restreint, il contient un réquisitoire détaillé et documenté sur l’usage systématique de la torture, de l’enlèvement, des exactions en Algérie, ce que nous annonce le sous-titre la guerre d’Algérie, un crime d’état.

  • 2  La loi française n° 2005-158 du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contributio (…)

À une époque où l’on assiste à une forme de révisionniste d’État, comme en témoigne la loi du 23 février 20052 évoquant les « bienfaits de la colonisation », il n’est pas inutile de mettre en évidence le rôle brutal de la France en Algérie. En effet comme d’anciens combattants algériens de l’ALN Abdelmajid Azzi, Djoudi Atoumi, au début du documentaire nous le rappellent, après 100 ans d’une colonisation militaire émaillée de 36 révoltes des « indigènes », on peine à voire ses « bienfaits » : 95% d’analphabètes au moment des accords d’Évian, des infrastructures à destination des colons, une forme d’apartheid puisque l’algérien, « l’indigène », n’avait pas les droits civiques qu’un européen. La France y a mené une guerre d’abord larvée de 1945 à 1954 puis totale jusqu’en 1962.

Pourtant un grand espoir est né après la libération, les défenseurs de l’indépendance pensaient que les Français ayant connu eux-mêmes l’occupation allaient accepter une décolonisation progressive et pacifique. Le film de Rachid Bouchared, Indigène réalisé en 2006 en est une illustration. Les combattants algériens souvent au côté de colons se sont battus en Europe contre le nazisme, ils étaient autour de 150000. De même, comme il est dit dans le documentaire, Alger fut une des premières villes libérée et le durcissement du système colonial sous le commandement du général Weygan a laissé la place à un espoir d’une résolution pacifique. La manifestation de Sétif le 5 mai à l’annonce de la reddition allemande était finalement logique dans le contexte de l’époque. D’autant que le 7 mars 1944, le Comité français de la Libération nationale adopte une ordonnance attribuant d’office la citoyenneté française, sans modification de leur statut civil religieux, à tous les indigènes disposant de décorations militaires et de divers diplômes tels que le certificat d’études. En 1945, environ 62 000 combattants en bénéficient.

On ne forme pas impunément des hommes à la guerre. La réponse fut à la hauteur de la déception. Aucune excuse ne vaut pour des massacres de civils et d’enfants même dans un contexte de crise agricole et de famine, mais rappelons quand même qu’à l’époque la vie n’avait pas grande valeur dans un conflit où il y a eu plus de 65 000 000 morts dont on ne rappellera pas les horreurs. La suite montra que c’était le cas. La répression fut terrible pour cent européens tués il y eut entre 8 000 et 45 000 morts, des déplacements et des concentrations de la population dans des camps. De fait comme l’évoque un ancien combattant de l’ALN (Armée de Libération Nationale), Abdelmadjid Azzi, « chacun vivait dans l’espoir qu’on se vengerait et ça n’a pas tardé puisque moins d’une décennie après, la guerre de libération s’est déclenché en 1954» (8′).

Le documentaire cherche à faire la synthèse entre un drame personnel et le contexte plus large de l’époque et il devient un violent réquisitoire contre la politique de terreur pratiquée à grande échelle par la France en Algérie. Le plus inquiétant est l’absence de reconnaissance de la responsabilité de la France et le déni d’existence de ces actes par le passé et même actuellement. Ainsi Lionel Jospin finira par ne pas accepter le caractère systématique de la torture en Algérie (56’26). Comme le dit Mohamed Rebah, l’Allemagne reconnaît ses atrocités pourquoi pas la France. Mais il existe une France qui ne veut pas revenir sur ces événements et qui s’arc-boute violemment sur une vision archaïque de l’histoire. En témoigne l’accueil du documentaire de Medhi Lalloui et de Pierre Langlois en 1995 qui a suscité beaucoup de réprobation chez les tenants de l’Algérie française, ou du film 15 ans plus tard de Rachid Boucharef, Hors-la-loi qui a reçu un accueil violent des mêmes opposants.

La question est pourquoi cette terreur. Comme nous le disent plusieurs intervenants dans le film, pour un homme torturé dix se levaient. Au final la France perd et les colons s’exilent vers la métropole. D’autant que comme le rappelle Henri Alleg, lui-même torturé, le général Massu à la veille de sa mort explique clairement que l’on aurait pu se passer de la torture pour obtenir des renseignements. La terreur n’était donc pas un moyen mais un but. Beaucoup de combattants préféraient mourir plutôt que d’être arrêtés par les parachutistes. Des noms comme Godard, Aussaresses, Trinquier provoquaient une peur viscérale. Si comme réponse, on obtenait des combattants qui n’avaient rien à perdre et donc déterminés à se battre jusqu’à la mort, on peut se demander quelle issue était attendue d’une telle logique. On ne peut sous-estimer le manque de lucidité du pouvoir politique qui a laissé la gestion de la crise à une armée déjà insensibilisée par les conflits antérieurs. Mais une des conséquences a été la mise en place de gouvernements autoritaires en Algérie.

La terreur a fait naître des dispositions psychologiques durables chez les populations qui de fait subissent un état qui n’a rien de démocratique. « L’Algérie Française » a-t-elle vraiment perdu la guerre d’Algérie? Rien n’est moins sûr. Certes au vu de la présence française sur les lieux non, mais elle a sans doute pour de longues années évincé les Algériens de la possibilité d’élire démocratiquement leurs dirigeants.

Défendre la mémoire de Maurice Audin est une manière de mettre en évidence les conséquences de cette guerre et le déni dont elle est toujours l’objet. Depuis plus de 50 ans, Josette, sa femme dont les blessures n’ont pas enlevé la combativité pétillante se mobilise avec un groupe d’avocats, d’intellectuels, d’universitaires comme Pierre Vidal-Naquet, Robert Badinter, Laurent Schwartz pour faire reconnaître l’emploi de la torture systématique et vise à mettre en lumière la manière dont Maurice Audin a été assassiné.

Ce dernier, universitaire mathématicien brillant aurait pu avoir une vie rangée faite d’honneur et de prestige. Ce couple dont les photos ont la couleur de nos albums de famille, nous montre que des Français d’Algérie pouvaient être communistes et défendre l’indépendance de l’Algérie. Comme le dit justement un des intervenants, il fallait être courageux pour oser ces positions dans un contexte où même le parti communiste avait voté les droits spéciaux en 1956 et préconisait le maintien de l’Algérie française dans le contexte de la guerre froide. Malgré l’évolution d’avril 1957, l’Algérie est alors désignée comme une « nation forgée dans les combats »3.

  • 4  Voir l’article d’Edwy Plenel http://blogs.mediapart.fr/blog/edwy-plenel/020109/la-lettre-de-michel (…)

Après 50 ans d’un combat, les témoignages restent poignants. La connaissance de la guerre d’Algérie n’a jamais été aussi détaillée, encore faut-il qu’elle soit reconnue dans le panthéon de notre mémoire institutionnelle. Celle-ci est en marche timide, une place à Paris, à Argenteuil, un prix de mathématique porte le nom de Maurice Audin. Mais la reconnaissance de ce crime d’État ne semble pas d’actualité. Sa fille, elle-même mathématicienne a refusé de recevoir la légion d’honneur car le Président de la République, Nicolas Sarkozy n’a pas répondu à la demande de sa mère pour que la lumière soit faite sur la disparition de son père4.

“Alger, la Mecque des révolutionnaires, de Mohamed Ben Salama, ce mardi 20 novembre, à 19 heures, à Nîmes. Un très beau documentaire sur une période exceptionnelle.

Lors de la projection sur Arte, présentation de ce très beau documentaire sur une période exceptionnelle

VIDÉO. Retour sur l’époque où l’Algérie, nouvellement indépendante, était la terre de rencontre et d’asile des plus illustres leaders du tiers-monde. Par Viviane Forson. Le Point Afrique
 

Amilcar Cabral, héros de la lutte pour l’indépendance bissau-guinéenne, a dit lors d’une conférence à Alger en 1968 que « les musulmans vont en pèlerinage à La Mecque, les chrétiens au Vatican et les mouvements de libération nationale à Alger ». Alger, bastion de toutes les causes pour la libération des peuples ? De quoi s’interroger et comprendre combien la décennie noire et la guerre civile en Algérie semblent cacher une autre histoire : celle de l’époque où la diplomatie algérienne était flamboyante toute impliquée qu’elle était aux côtés des mouvements de libération. C’est justement cette autre histoire que s’attache à raconter ce documentaire de Mohammed Ben Slama diffusé sur Arte, lequel revient en détail sur le rôle joué par l’Algérie au lendemain de son indépendance dans l’accueil des mouvements et des figures anticolonialistes et révolutionnaires du monde entier.

Retracer un pan d’histoire méconnue

Et le film est riche en documents inédits. « Nous voulions saisir les étapes marquantes qui ont su redéfinir profondément l’équilibre mondial. En produisant le documentaire, nous mettons en lumière un épisode déterminant de l’histoire internationale et pourtant méconnu du grand public », déclare Yannis Chebbi, producteur. Ajoutant qu’il a fallu plus d’un an pour regrouper les images et les témoignages. En effet, le documentaire est construit sur la base d’archives filmées et iconographiques retrouvées au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Allemagne, en Serbie, à Cuba et au Portugal. Objectif : contribuer à lever le voile sur une période faste de la diplomatie de l’Algérie méconnue par les jeunes générations.

De 1962, année de son indépendance, à 1974, l’Algérie aide activement les mouvements anticoloniaux et révolutionnaires du monde entier. Dirigée par le tandem Ahmed Ben Bella (à la présidence) et Houari Boumédiène (au stratégique ministère de la Défense), l’Algérie jouit alors du prestige d’une indépendance acquise par les armes. Suivant l’inspiration de Fidel Castro et du Che, qui réserveront à Cuba un accueil triomphal à Ahmed Ben Bella, le pays s’impose comme le leader des aspirations des peuples du tiers-monde. Le régime apporte un soutien total aux opposants qui viennent à lui, aussi bien moral que diplomatique et financier.

Du Che aux Black Panthers

De quoi apprendre aux jeunes générations, notamment à l’aide d’images d’archives exceptionnelles, que la plupart des opposants à la colonisation et au racisme, du Che aux Black Panthers, en passant par les indépendantistes de tous bords, feront escale dans une capitale algérienne en pleine effervescence et rebaptisée « Alger la rouge ». L’Algérie, dès les premières heures de son indépendance, trouvera notamment en Cuba un soutien de taille pour sa reconstruction. Créant par la même occasion un pont vers le reste du continent. Même après le coup d’État de Boumédiène en 1965, le pays poursuivra sur cette lancée. Même si cette politique a fini par évoluer au milieu des années 1970, elle restera un sujet de fierté pour le peuple algérien. Après sa libération, en 1990, près de trente ans après s’être entraîné avec les indépendantistes algériens, Nelson Mandela lui rendra un vibrant hommage en déclarant : « L’Algérie est mon pays. »

* « Alger, la Mecque des révolutionnaires » (2017, 57′), de Mohamed Ben Slama et Amirouche Laïdi. À voir sur Arte mercredi 28 juin à 18h.

 

Un magnifique film à Alès le 19 novembre dans le cadre du 10° Panorama. “Jusqu’à la fin des temps” de Yasmine Chouikh. A-t-on le droit de tomber amoureux passé 70 ans ?

Jusqu’à la fin des temps, une comédie noire algérienne

https://vimeo.com/246224468

L’histoire se déroule dans un cimetière, Sidi Boulekbour, un marabout bienveillant est niché en haut d’une crête. Ce Marabout veille sur les âmes des défunts des villages alentours.

Tout est prêt pour la Ziara d’été (pèlerinage), période à laquelle des centaines de familles viennent se recueillir sur les tombes de leurs défunts.

Dans le bus qui transporte les pèlerins se trouve JOHER, une sexagénaire qui vient pour la première fois se recueillir sur la tombe de sa sœur. Lors de ce séjour, elle va rencontrer ALI notre héros, fossoyeur et gardien du cimetière et lui demander de l’aider à organiser ses propres funérailles.

Cette rencontre, destinée à organiser étape par étape les funérailles de JOHER, va bouleverser le quotidien de ALI et lui faire désirer plus de la vie.

Réalisation Yasmine Chouikh

ScénarioYasmine Chouikh

Pays Algérie

Année 2018

Durée 1h34

Catégorie Fiction

Langue Arabe, sous-titré en Français

Interprétation Djillali Boudjemaa

Production Making of films


Jusqu’à la fin des temps, une comédie noire algérienne

Avec son humour noir et mordant, Jusqu’à la fin des temps parvient à faire rire sur la mort. Analyse et critique du premier long-métrage de Yasmine Chouikh, auréolé du prix suprême au festival d’Annaba du film méditerranéen, l’Annab d’Or.

Pour son premier long-métrage, la réalisatrice algérienne Yasmine Chouikh s’attaque à la comédie noire. Un genre difficile qui peut s’avérer une pente savonneuse au cinéma. Que vaut Jusqu’à la fin des temps ?

Synopsis

Ali passe ses journées dans le cimetière d’un village perdu entre mer et terre. Il est fossoyeur. Sa routine est bouleversée le jour où il croise près d’une tombe Joher. Elle est venue se recueillir sur la pierre tombale de sa sœur. Désespérée, son seul projet de vie consiste à préparer sa mort. Elle demande alors de l’aide à Ali. Une relation singulière se noue entre ces deux personnes à qui la vie n’a pas toujours souri.

Pourquoi on a aimé

Jusqu’à la fin des temps n’est pas un film sur la mort. Bien que celle-ci y soit omniprésente. A quelques excursions près (en ville et à la mer), le film se déroule à la façon d’un huis clos. Le village, surnommé Sidi Boulekbour, en est la limite et son cimetière l’horizon. Ici, on gagne sa vie avec ceux qui l’ont perdu. On les attend, on les lave, on les enterre. Et on recommence, inlassablement. Si bien que dans l’imaginaire collectif, Sidi Boulekbour est synonyme de mort. Il n’y a qu’à voir l’accueil glacial réservé au fossoyeur du village lorsqu’il descend en ville.

La force du film de Yasmine Chouikh est d’avoir su distiller des doses d’humour noir tout au long du processus mortuaire. Comme cette scène cocasse où le jeune Nabil, qui se rêve en entrepreneur de la mort, forme une troupe de pleureuses professionnelles. Ou lorsqu’elle filme une laveuse de corps, le kit main libre vissé à l’oreille, en train de gérer sa petite affaire d’une main de maître.

Sous le vernis de la comédie noire, Yasmine Chouikh aborde des sujets grave. La réalisatrice algérienne, qui a également écrit le scénario de ce film, parle en filigrane de la condition de la femme dans une société patriarcale. Le destin de ces héroïnes est dramatique : battue, abandonnée par un époux ou victime de diffamation.


L’amour après 70 ans
jusqu'à la fin des temps yasmine chouikkh
Peut-on encore tomber amoureux passé 70 ans ?

Drôle, le premier long-métrage de Yasmine Chouikh est aussi lumineux que touchant. Car, entre les tombes, elle parvient à filmer des renaissances. A Sidi Boulekbour, les personnages clefs sont arrivés à des moments charnière de leur existence. Ils ont la possibilité d’avoir une deuxième chance. Mais tous ne sont pas prêts à changer le cours de leur vie. Jusqu’à la fin des temps questionne les destinées, le choix possible et le courage (car il en faut) d’emprunter un autre chemin.

Dans Jusqu’à la fin des temps, une renaissance prend la forme d’un amour. Celui d’un homme et d’une femme aux visages labourés par les années et les déceptions. Peut-on tomber amoureux passé 70 ans ? A regarder Ali et Joher cavaler entre les tombes, batifoler comme des adolescents à la plage, enfourcher une mobylette, s’enlacer et s’évader, on peut y croire.